Location saisonnière à Marseille : les règles locales
Dans une ville cernée par la mer et les collines, où le foncier habitable se compte en mètres carrés disputés entre le relief, le bâti ancien et la pression touristique, Marseille accueille environ…

Location saisonnière à Marseille: les règles locales
Dans une ville cernée par la mer et les collines, où le foncier habitable se compte en mètres carrés disputés entre le relief, le bâti ancien et la pression touristique, Marseille accueille environ 13 000 meublés de tourisme — un parc qui progresse d'environ 23 % par an selon les estimations disponibles. Cette croissance ne se distribue pas de manière uniforme: elle se concentre dans les artères les plus photographiées du premier au septième arrondissement, le long du Vieux-Port, dans les rues pentues du Panier, sur la Canebière recomposée ou aux abords du quartier de la Plaine. La géographie sociale de la location saisonnière épouse ainsi la topographie touristique, en suivant les flux piétons et les lignes de tramway plutôt que les frontières administratives classiques.
C'est dans ce contexte — un tissu urbain dense, une vacance résidentielle contrastée et une économie touristique structurellement forte — que la municipalité a refondu son cadre réglementaire entre décembre 2024 et avril 2025. La nouvelle réglementation location saisonnière marseillaise ne se contente pas d'ajuster des seuils: elle installe une véritable mécanique à trois étages, articulant une règle de durée, une obligation de compensation et un système de traçabilité numérique. Pour les propriétaires, les conciergeries et les candidats à l'investissement, ces règles redéfinissent ce qu'il est juridiquement possible de faire d'un logement dans la cité phocéenne.
À Marseille, la location saisonnière obéit désormais à une logique de seuil, de compensation et de traçabilité: trois mécanismes qui redéfinissent ce qu'il est légalement possible de faire d'un logement.
Le plafond des 90 jours pour la résidence principale
Le premier verrou concerne le cas de figure le plus répandu: la mise en location de sa propre résidence principale. Depuis la délibération du 12 décembre 2024, la Ville de Marseille a ramené la durée annuelle maximale de location d'une résidence principale en meublé de tourisme à 90 jours par an. Cette limite s'apprécie sur l'année civile, et concerne indifféremment les locations réalisées en direct, via une plateforme de réservation ou par l'intermédiaire d'une conciergerie locative.
Concrètement, cela signifie qu'un propriétaire qui loue son propre logement plus de trois mois cumulés sur l'année bascule dans l'illégalité, même s'il y réside effectivement le reste du temps. Le compteur des 90 jours s'apprécie strictement à partir des nuitées déclarées, sans pondération en fonction du temps d'occupation personnelle. L'amende civile en cas de dépassement peut atteindre 10 000 €. Les plateformes de réservation, tenues de transmettre périodiquement les données de nuitées au registre municipal, jouent ici un rôle d'aiguilleur silencieux: elles permettent à la Ville de reconstituer l'historique annuel de chaque logement sans avoir à enquêter physiquement.
Cette règle répond à une logique géographique précise: dans les arrondissements centraux, la proportion de résidences principales mises en location dépasse dans certains îlots les 15 à 20 %, ce qui commence à modifier la sociologie de peuplement des immeubles, en remplaçant progressivement des ménages occupants par une population flottante. La limite des 90 jours cherche précisément à freiner cette dynamique, sans pour autant obliger les propriétaires occupants à cesser toute activité ponctuelle — week-ends prolongés, vacances scolaires, déplacements professionnels — qui restent autorisés dans la limite du plafond.
La règle des 90 jours ne vise pas à interdire la location d'un appartement que l'on habite: elle cherche à empêcher qu'une résidence principale devienne, en pratique, un produit touristique permanent.
Le changement d'usage avec compensation: l'obstacle des résidences secondaires
Pour les propriétaires d'une résidence secondaire, le cadre applicable est radicalement différent et constitue, en pratique, le verrou principal du dispositif marseillais. Lorsqu'un logement n'est pas la résidence principale du loueur, sa mise en location touristique requiert une autorisation préalable de changement d'usage, et ce dès la première nuitée louée. Cette règle ne souffre aucune tolérance: il n'existe pas de seuil en dessous duquel la location serait autorisée sans formalité.
Le mécanisme de compensation est au cœur du dispositif. Pour chaque logement transformé en meublé de tourisme, le propriétaire doit compenser en transformant un local à usage autre que d'habitation — bureau, commerce, local d'activité — en logement de longue durée. La surface et la qualité du local compensé doivent être équivalentes à celles du logement soustrait au parc résidentiel permanent. Cette obligation pèse dès le premier logement, sans seuil de déclenchement progressif, et la compensation doit être trouvée dans le même arrondissement que le logement soumis à changement d'usage.
Dans une ville comme Marseille, où le tissu commercial des rues de Rome, de Paradis ou du boulevard Baille connaît lui-même des mutations rapides, cette exigence bouleverse profondément l'économie d'un projet d'investissement locatif saisonnier. Selon les données disponibles, le taux de refus des demandes d'autorisation de changement d'usage atteint environ 80 %, signe que la municipalité arbitre clairement en faveur du maintien d'un parc résidentiel permanent. Les motifs de refus tiennent autant à la difficulté pratique de trouver un local à compenser — les opérations de transformation étant elles-mêmes coûteuses et longues — qu'à la volonté politique de ne pas accélérer la gentrification des quartiers centraux.
L'absence d'autorisation expose le propriétaire à une amende civile pouvant aller jusqu'à 100 000 € par local concerné, en procédure accélérée devant le tribunal judiciaire. Cette sanction, dissuasive par construction, dépasse très largement le rendement locatif annuel escompté d'un meublé de tourisme classique. Elle transforme ainsi le changement d'usage en véritable filtre à l'entrée du marché, plutôt qu'en simple formalité administrative.
L'enregistrement obligatoire et la traçabilité des meublés
Quel que soit le statut du logement — résidence principale ou résidence secondaire —, tout meublé de tourisme doit être déclaré en ligne sur la plateforme taxedesejour.marseille.fr pour obtenir un numéro d'enregistrement. Cette démarche, préalable à toute mise en location, génère un identifiant unique à treize chiffres que le propriétaire doit reporter sur chaque annonce, chaque plateforme de réservation et chaque contrat de location saisonnière. Sans ce numéro, l'annonce ne peut techniquement pas être mise en ligne sur les grandes plateformes, qui ont l'obligation de le réclamer avant publication.
L'enregistrement alimente la base de données utilisée par la brigade de contrôle dédiée, mise en place par la municipalité pour traquer les annonces frauduleuses et les locations non déclarées. Il permet également à la Ville de reconstituer son parc de meublés, de suivre l'évolution du nombre de nuitées par logement, et d'identifier les annonces qui dépasseraient les plafonds autorisés. Pour les résidences principales, le numéro doit être affiché en regard de la capacité d'accueil et du statut de résidence principale. Pour les résidences secondaires, le numéro d'enregistrement seul ne suffit pas: il doit être accompagné du numéro d'autorisation de changement d'usage. Sans cette double traçabilité, l'annonce est considérée comme irrégulière et peut faire l'objet d'un signalement à la plateforme hôte, voire d'un déréférencement.
La municipalité peut par ailleurs exiger, à tout moment, un décompte précis des nuitées de l'année précédente. Le loueur dispose alors d'un mois pour répondre à cette demande; à défaut, il s'expose à une amende civile de 5 000 €. Cette disposition transforme la déclaration initiale en engagement de transparence durable, et non en simple formalité ponctuelle. Elle donne aussi à la brigade de contrôle un levier opérationnel pour distinguer les propriétaires de bonne foi des exploitants qui jouent sur l'opacité.
La taxe de séjour et ses composantes locales
La fiscalité locale complète l'édifice réglementaire et pèse directement sur le modèle économique des locations saisonnières. La taxe de séjour à Marseille est perçue au réel: son montant est calculé sur le prix effectivement pratiqué par le loueur. Les tarifs 2025 s'organisent en deux régimes distincts, selon que le meublé est classé ou non.
| Type d'hébergement | Tarif ou taux | Base de calcul | Plafond |
|---|---|---|---|
| Meublé classé 1 étoile | 1,07 € | Par personne et par nuitée | — |
| Meublé classé 2 étoiles | 1,21 € | Par personne et par nuitée | — |
| Meublé classé 3 étoiles | 1,88 € | Par personne et par nuitée | — |
| Meublé classé 4 étoiles | 2,95 € | Par personne et par nuitée | — |
| Meublé classé 5 étoiles | 4,02 € | Par personne et par nuitée | — |
| Meublé non classé | 5 % | Du coût de la nuitée par personne | 4,00 € |
À ces tarifs s'ajoutent deux taxes additionnelles qui alourdissent significativement la note finale:
- une taxe départementale de 10 %, perçue au profit du département des Bouches-du-Rhône;
- une taxe régionale de 34 %, instituée depuis le 1er janvier 2023 et destinée au financement de la Société de la Ligne Nouvelle Provence Côte d'Azur.
Concrètement, pour une nuitée à 100 € dans un meublé non classé, la taxe de séjour atteint 5 € en application du taux de 5 % — mais ce montant est ramené à 4,00 € par personne et par nuitée en raison du plafond légal prévu pour les hébergements non classés. À cette base plafonnée s'ajoutent la taxe départementale (10 %), soit 0,40 €, et la taxe régionale (34 %), soit 1,36 €, ce qui porte le total acquitté par le voyageur à 5,76 € par personne et par nuitée. Le propriétaire agit comme collecteur de cette taxe et doit la reverser à la Ville via la plateforme de télédéclaration, selon un calendrier précis qui conditionne l'inscription au registre municipal.
Brigade de contrôle, amendes et retrait des boîtes à clés
Le volet répressif du dispositif s'est considérablement renforcé depuis 2024. La municipalité a constitué une brigade de contrôle dédiée à la traque des annonces frauduleuses et des locations non déclarées. Cette brigade intervient à partir de signalements de voisinage, de croisements de données entre les grandes plateformes et le registre municipal, et de contrôles physiques sur place. Elle peut dresser des procès-verbaux transmis directement au parquet, ce qui accélère le traitement judiciaire des infractions et court-circuite les délais habituels de la chaîne administrative.
En parallèle, la Ville a engagé une campagne de retrait des boîtes à clés installées sur l'espace public. Ces dispositifs, très répandus dans les locations de courte durée pour permettre une arrivée autonome du voyageur, sont considérés comme une occupation sans titre du domaine public lorsqu'ils sont fixés sur la voirie ou les façades. Leur retrait poursuit un double objectif: restaurer la lisibilité de l'espace public, mais aussi compliquer la gestion des locations non déclarées, qui s'appuient fréquemment sur ce type de matériel pour échapper au contrôle physique du propriétaire. Plusieurs conciergeries ont déjà dû revoir leurs procédures d'arrivée pour rester dans le cadre légal, en privilégiant les remises de clés en main propre ou les systèmes de casiers privatifs intégrés au bâti.
Le nouveau cadre marseillais fonctionne par couches successives: une règle de seuil, une obligation de compensation, une traçabilité numérique et un contrôle de terrain. C'est cette combinaison, plus que la sévérité d'une seule mesure, qui rend le dispositif opérationnel.
Lire la carte avant de louer
Pour un propriétaire qui envisage la location saisonnière à Marseille en 2025, la première étape consiste à déterminer avec précision le statut du logement: résidence principale ou résidence secondaire. Ce diagnostic conditionne tout le reste du cadre applicable — durée maximale de location, démarches administratives à entreprendre, fiscalité et, surtout, risque financier encouru.
Une résidence principale ouvre un régime relativement simple: enregistrement en ligne sur la plateforme de la Ville, plafond annuel de 90 jours, collecte et reversement de la taxe de séjour, affichage du numéro d'enregistrement sur chaque annonce. Ce régime reste compatible avec une utilisation intensive du bien, dès lors qu'elle ne franchit pas le seuil légal. Une résidence secondaire engage, en revanche, un parcours plus lourd, potentiellement bloqué dès l'origine par l'obligation de compensation — sauf à disposer d'un local à transformer en parallèle, ce qui constitue une opération immobilière à part entière, avec son permis, son budget travaux et son calendrier propre.
Marseille n'a pas choisi d'interdire la location saisonnière: elle a choisi de la conditionner à la préservation de son parc résidentiel permanent. Dans une ville où la vacance commerciale, la précarité énergétique et les tensions de peuplement restent des données structurelles, ce choix relève d'une politique du logement qui déborde largement le seul tourisme. Pour les propriétaires, comme pour les gestionnaires de conciergerie, l'adaptation à ce cadre n'est plus une option: c'est désormais la condition d'une activité conforme au droit local, et la seule manière de s'inscrire dans une économie touristique qui ne se construise pas contre la ville qui l'accueille.
Questions fréquentes
Quelle est la durée maximale pour louer ma résidence principale à Marseille ?
Qu'est-ce que l'obligation de compensation pour une résidence secondaire ?
Comment obtenir un numéro d'enregistrement pour mon logement ?
Que risque-t-on en cas de dépassement des règles de location ?
Les boîtes à clés sont-elles autorisées sur la voie publique ?
Par Manon Lartigues