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Marseille face au défi du surtourisme : quand la cité phocéenne devient victime de son succès

Selon un article du Guardian publié fin août, Marseille a dépassé Paris et Nice comme destination la plus recherchée par les utilisateurs français de Booking.com, un basculement qui dépasse le simple indicateur numérique.

Manon Lartigues·mis à jour 29 août 2026

Marseille face au défi du surtourisme : quand la cité phocéenne devient victime de son succès

La cité phocéenne s'attend à recevoir près de sept millions de visiteurs cette année, quand le tourisme y génère désormais 1,4 milliard d'euros et plus de vingt mille emplois. Ce mouvement, construit sur deux décennies à partir d'une ville longtemps négligée par les grands circuits, expose le territoire à une pression qu'il n'avait pas connue à pareille échelle.

Du seuil de bascule à la rue qui gronde

L'été 2026 restera comme celui du passage à l'acte. Aux Goudes, hameau de pêcheurs devenu « aimant à Instagram », les habitants sont descendus dans la rue dès juin pour protester contre l'invasion quotidienne. Dans le Vallon des Auffes, minuscule anse lovée entre deux collines, les riverains s'opposent à l'ouverture d'un sixième restaurant dans son port. Plus au centre, la baignade a été interdite début août à la plage des Catalans, victime d'une contamination bactérienne imputée par beaucoup à la surfréquentation. Selon le Guardian, c'est durant l'été 2020, après les mois de confinement, que la ville a véritablement découvert ce phénomène; six ans plus tard, la carte postale marseillaise se retourne, et avec elle, un rapport au territoire qui se redessine à vue d'œil.

Ce qui transforme la géographie du séjour

L'irruption du tourisme de masse ne touche pas tous les quartiers au même rythme, et c'est précisément ce contraste qu'il faut apprendre à lire. Les flux piétons se concentrent désormais sur un corridor étroit qui va du Vieux-Port au Panier, des quais réaménagés à Notre-Dame de la Garde. Le reste du tissu urbain, des quartiers nord aux calanques, absorbe à proportion variable une pression qui n'existait pas il y a dix ans. À cela s'ajoute l'activité croisière: MSC Croisières a réalisé 276 escales à Marseille en 2025, contre 124 en 2018, et représente désormais 40 % du trafic du port, selon les chiffres relayés par EcoRéseau Business. La municipalité a investi quelque 200 millions d'euros dans des terminaux à branchement à quai, présentés comme un dispositif d'escales zéro fumée, une stratégie d'ancrage industriel qui ne met pas fin à la contestation locale.

Séjourner sans déranger

Reste à composer, en tant que voyageur, avec une ville qui cherche un nouvel équilibre. Quelques clés de lecture: privilégier les hôtels et adresses implantés dans des artères secondaires plutôt que sur les grandes lignes touristiques, vérifier la desserte en transports en commun avant de réserver, éviter le véhicule personnel dans les zones saturées comme le Panier ou le secteur des Catalans en plein été, et accepter qu'une rue commerçante à sept heures du matin puisse redevenir un quartier résidentiel dès la fin du mois d'août. Marseille ne se découvre pas dans une story de trente secondes; elle s'éprouve dans la durée d'une marche, d'un quartier à l'autre, à condition d'en accepter le tempo.