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Hôtels indépendants : pourquoi le rôle de steward supplante celui de manager

Un article de Forbes relance, en ce début septembre, un débat qui travaille l'hôtellerie indépendante depuis quelques saisons — et il pose, frontalement, la question du bon mot.

Aurélien Bressand·mis à jour 02 septembre 2026

Hôtels indépendants : pourquoi le rôle de steward supplante celui de manager

Non pas « directeur » ni « manager », mais « steward »: celui qui prend soin d'un lieu, plutôt que celui qui l'administre. Le distinguo n'est pas sémantique. Il décide de ce qu'un boutique-hôtel fait vraiment de son identité.

Le mot juste, enfin

Le métier a hérité du vocabulaire des chaînes: gestion des flux, optimisation du RevPAR, tableaux de bord. Tout ce lexique suppose un objet standardisé — donc substituable. Or l'hôtel indépendant vit de l'inverse: d'un lieu qui ne ressemble à aucun autre, d'un parti pris architectural ou esthétique qui n'a de sens que défendu avec constance. C'est précisément ce que suggère le terme « steward » mis en avant par Forbes — une fonction de curateur, de gardien d'intention, quelqu'un qui arbitre les choix au nom du projet initial plutôt qu'au nom de la marge trimestrielle.

La nuance a son poids à Marseille, où l'hôtellerie indépendante se construit souvent sur un immeuble chargé d'histoire — une bastide, un appartement haussmannien, un ancien atelier du quartier d'Arenc. Le « manager » y voit une surface à rentabiliser. Le « steward » y lit une matière à prolonger.

Une reprise comme cas d'école

L'exemple le plus parlant de la semaine vient de Londres. Le groupe suisse Aethos ouvre son premier établissement britannique dans les murs de l'ancien Nobu Hotel Shoreditch, bâtiment livré en 2017 par Ron Arad Associates — balcons en porte-à-faux, verre, acier, béton brut, une signature industrielle déjà très lisible. Plutôt que de masquer cette enveloppe pour s'inventer une identité neutre, Aethos l'a conservée, et a chargé le studio barcelonais Astet d'y faire dialoguer l'est de Londres avec l'artisanat japonais: bois clairs, papier, lumière basse, sans tomber dans le pastiche industriel qui plombe habituellement le quartier.

Cent soixante-quatre chambres, un spa, un club privé pour amortir les jours creux: l'adresse coche les codes du boutique-hôtel contemporain. Mais le geste qui retient l'attention, c'est l'acceptation d'un héritage — reprendre sans renier, sans effacer la marque précédente comme on rase un décor de théâtre. C'est exactement la posture du steward: hériter d'un lieu, en assumer la mémoire, et y inscrire une couche supplémentaire sans tout écraser.

Ce que cela change, ici

Pour un client marseillais qui choisit un établissement indépendant, la question n'est pas anecdotique. Elle se pose à chaque réservation: qui, dans cette maison, défend le projet — et qui se contente de l'exploiter? L'écart se lit dans les détails. Une chambre remeublée à l'identique d'un catalogue de mobilier design n'est pas un geste de steward; c'est de l'approvisionnement. Un petit-déjeuner qui assume un fournisseur de quartier plutôt qu'un partenariat générique, si.

L'hôtellerie indépendante marseillaise a les murs pour exercer ce métier. Il lui reste, trop souvent, à en nommer la fonction — et à la payer comme telle.