Tourisme en zone à risque : les leçons de la crise des incendies en Gironde
Le président de l'UMIH Gironde, Franck Chaumes, tire la sonnette d'alarme: après les méga-feux qui ont ravagé plus de 42 000 hectares en Gironde et 3 500 dans les Landes, l'hôtellerie et la…
Aurélien Bressand·mis à jour 05 août 2026

Quand la promesse vacille sous les flammes
Le président de l'UMIH Gironde, Franck Chaumes, tire la sonnette d'alarme: après les méga-feux qui ont ravagé plus de 42 000 hectares en Gironde et 3 500 dans les Landes, l'hôtellerie et la restauration locales subissent une hémorragie de fréquentation — avec des annulations massives et des établissements restés fermés une dizaine de jours. Thierry Marx, président national de l'UMIH, confirme: environ 90 % des professionnels des zones touchés seraient impactés. Pour les lecteurs de Marseille et de sa périphérie — où le risque incendie n'est pas non plus un scénario abstrait —, l'épisode girondin pose une question brûlante: à quoi ressemble la promesse touristique quand le décor part en fumée?
Une saison sacrifiée — et un cri qui sonne creux
Le constat dressé par Franck Chaumes est sans appel: « Les jours sont comptés ». Les chiffres du terrain le confirment. En 2022, la même région avait déjà subi des feux, mais les établissements n'avaient pas été fermés. Cette fois, l'arrêt total de l'activité pendant près de deux semaines a provoqué une cascade d'annulations que les assurances tardent à couvrir — les pertes d'exploitation n'ont pas encore été ouvertes au bénéfice de tous les sinistrés.
Le syndicat patronal dit avoir obtenu le chômage partiel et le report de charges. Mesures d'urgence, certes. Mais sur le plan de la matérialité concrète — le chiffre d'affaires qui ne rentre pas, les réservations qui s'évaporent, la saison estivale qui file —, on est en droit de se demander si ces filets de sécurité suffisent à rattraper un établissement indépendant qui n'a pas les reins d'un groupe hôtelier.
L'appel au tourisme solidaire: posture ou stratégie?
Thierry Marx a lancé son cri dans le Parisien Dimanche: « Venez! Soyez prudents, mais venez! » Une injonction qui sonne comme un slogan de campagne — mais dont la sincérité ne fait pas de doute quand on connaît l'état du tissu professionnel girondin. L'ancien jury de Top Chef réclame aussi des crédits d'impôt sur les investissements de reconstruction, une demande qui dépasse le seul secteur de la restauration étoilée.
Pour autant, cette posture de solidarité a quelque chose de paradoxale. On demande aux touristes de revenir dans des zones où l'air porte encore l'odeur du bois brûlé, où le paysage a changé, où l'offre elle-même a été amputée. La promesse touristique — celle qu'on vend dans les brochures, avec ses pins parasols et ses plages dorées — se retrouve confrontée à une réalité brute: le feu ne négocie pas avec le positionnement marketing.
Marseille, concernée à son échelle
La Gironde n'est pas la cité phocéenne, évidemment. Mais la Provence et les Bouches-du-Rhône connaissent chaque été leur lot de départs de feu — le Var voisin a déjà connu des épisodes dramatiques, et les collines autour de Marseille ne sont pas épargnées. L'épisode girondin devrait interpeller les acteurs de l'hôtellerie marseillaise sur leur propre résilience: que se passe-t-il, concrètement, quand la saison estivale — celle qui remplit les caisses pour le reste de l'année — est amputée de deux semaines critiques?
Les établissements indépendants, qui forment l'essentiel du tissu hôtelier marseillais, sont structurellement plus vulnérables. Pas de trésorerie de groupe, pas de report possible sur d'autres destinations. L'UMIH Gironde réclame des mesures; les professionnels du Sud-Est feraient bien de regarder de près ce qui a été obtenu — et ce qui ne l'a pas été — avant que la prochaine crise ne frappe leur propre porte.